Les Québécois au repêchage : Bill Zonnon ou l’importance du symbole
Au Togo, il n’y a pas beaucoup de patinoires. Peut-être même aucune. Un rapide coup d’œil sur la toile tend à le confirmer, mais pour plus d’exactitude, il vaut toujours mieux poser des questions. Augustin Zonnon a confirmé notre intuition avec toute l'indulgence du monde devant tant d'ignorance. Bill, c’est Bill Zonnon, fils d’Augustin. Un jeune hockeyeur de 18 ans classé 31e parmi les patineurs nord-américains en vue du repêchage de la LNH le mois prochain à Los Angeles. Le centre de 1,88 m (6 pi 2 po) et 85 kg (187 lb) a terminé au 7e rang des marqueurs de la LHJMQ cette saison avec 83 points sous les couleurs des Huskies de Rouyn-Noranda. Selon un recruteur consulté à son sujet, il s’agit d’un joueur À la base, rien ne prédestinait ce jeune homme à tomber en amour avec ce jeu sur glace un peu étrange. Les parents Zonnon ont immigré au Québec en 2001 pour y faire leurs études et, finalement, s’y sont installés pour de bon. Dans sa jeunesse, le petit Bill jouait au soccer, le sport de son père, jusqu’à ce qu’une soirée télé change sa trajectoire. Je me voyais en lui, c’était un exemple pour moi. Il était électrisant, beau à voir. Et c’est là que j’ai dit à mes parents que je voulais jouer au hockey. Le père précise que la demande est venue Les soirs de match du Canadien, le petit garçon devait se coucher avant la fin. Le lendemain matin, au réveil, il demandait systématiquement à son père si Subban avait eu une étoile. P.K. Subban en 2015 Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis D’autres problèmes de plus petite envergure, par contre, à savoir on achète ça où, une paire de patins, comment les attache-t-on, dans quel ordre faut-il enfiler les pièces d’équipement et, surtout, où peut-on apprendre à patiner? Bon réflexe. Ça s’est fait dans l’est de Montréal à l’aréna Rodrigue-Gilbert et au Centre récréatif Édouard-Rivet. Le petit Bill persévérait sur ses lames pendant que ses parents, interdits, regardaient les bras croisés depuis la fraîcheur des gradins. On hélait un bon samaritain pour aider Bill à se relever quand il faisait la tortue. Des débuts en dilettante qui sont devenus un mode de vie pour la famille. Bill a vite progressé. Puis sa sœur, de trois ans sa cadette, s'y est mise elle aussi. Avant même de s’en apercevoir, Augustin a fait sienne la passion de ses enfants. Il s’est avéré assez rapidement que Bill Zonnon était aussi talentueux que déterminé à faire sa marque dans ce sport. Il a gravi les échelons, a atteint le Bantam AAA et s’est exilé à l’automne 2020 à Northwood School, une académie privée à Lake Placid dans l’État de New York, pour parfaire son art. On était alors en pleine pandémie et Zonnon avait 14 ans. Qui est-il, justement? Comme il est né en octobre, un late dans le jargon, Zonnon a amorcé son stage junior en Abitibi à 15 ans. Le Montréalais a eu droit à trois années complètes dans la LHJMQ avant d’être admissible à l’encan de la Ligue nationale cet été. Bill Zonnon Photo : Gracieuseté : LJMHQ/Jean Lapointe Il en avait impressionné plus d’un à sa première année à Rouyn avec une récolte de 39 points, dont 16 buts, à 15-16 ans. Sa progression a été plus modeste l’an dernier, mais il a explosé cette saison quand son entraîneur, Steve Hartley, a décidé de le muter au centre au camp d’entraînement. L’idée s’était frayé un chemin jusqu’aux oreilles de Zonnon durant l’été et il savait à quoi s’attendre à son arrivée au camp d’entraînement à l’automne. À 17 ou 18 ans, il n’est pas rare de voir des joueurs passer du centre à l’aile. Le chemin inverse, toutefois, est très atypique. Même heureuse surprise de la part d’un autre de nos espions. C’est devenu une autre carte à mon arsenal. Ça a prouvé aux gens, encore une fois, que je suis un joueur polyvalent, un joueur complet. Je pense que ça va m’ouvrir d’autres portes. Celles de la LNH, un jour, qui sait. C’est l’objectif et Zonnon a la passion et la détermination pour y arriver, nous a-t-on assuré plus d’une fois, même si le chemin pour s’y rendre ne fait que commencer. D’entendre le nom de son fils prononcé par une équipe de la LNH rendra certainement tout ça un peu plus réel.Notre sport national, c’est le soccer
, lance-t-il à l’autre bout du fil.Bill est né en 2006 et, jusque-là, on n’avait jamais écouté le hockey. C’était le soccer européen et l’Impact
, explique le Togolais d’origine.qui va sortir n’importe où entre le 28e et le 40e rang
. Bref, un espoir bien en vue.En 2010 ou 2011, un soir, on a allumé la télé et on zappait, on zappait. On est tombés sur le hockey des Canadiens et là, il m’a dit : "Papa, attends, je veux regarder." Il a vu P.K. Subban et son premier réflexe d’enfant ç'a été de dire : "Ah, papa, il est comme moi!"
, se souvient aujourd’hui Augustin Zonnon.deux ou trois jours plus tard
. Qu’importe, la graine était semée et n’a pas tardé à germer. Pour M. Zonnon, la puissance du symbole de ce hockeyeur noir capable de prouesses dans la meilleure ligue du monde, capable d’inspirer les plus jeunes qui lui ressemblent
est indéniable, indissociable de l’histoire de son fils.
Croyez-le ou non, quand on lui disait qu’il n’en avait pas eu, il pleurait
, ajoute le père lui-même un peu ému.Je te parle de ça aujourd’hui et j’ai la chair de poule. Je m’en souviens comme si c’était hier […] C’est un grand symbole d’intégration. C’est à travers mon fils que j’ai appris. Et nous, on a été chanceux, on n’a pas eu de problèmes de racisme, rien de ça
, assure-t-il.On ne savait pas par quel bout prendre ça, on n’en connaissait pas les coûts, on ne connaissait rien, rien, rien. Même quand les collègues parlaient de hockey au travail, je n’interagissais pas avec eux parce que je ne savais pas quoi dire. On s’est juste dit qu’il devait apprendre à patiner
, indique M. Zonnon.Il n’a pas eu le choix d’apprendre parce qu’il passait ses journées à l’aréna, estime son fils. Aujourd’hui, il est à presque tous mes matchs, il regarde le hockey à la télé, il regarde les émissions à RDS et à TVA… Il a vraiment eu la piqûre.
Les bienfaits du changement
Je ne parlais pas beaucoup anglais à l’époque. J’ai dû apprendre à vivre tout seul, à me débrouiller. Tes parents ne sont pas là pour te dire de faire tes devoirs, pour te lever le matin. Ç’a été difficile au début, mais ça m’a aidé à acquérir de la maturité et à devenir la personne que je suis aujourd’hui
, affirme le jeune homme au cours d’une entrevue téléphonique.Un bon kid, travaillant, intelligent. Il donne le même effort match après match
, souligne un dépisteur qui accepte de partager son opinion sans être identifié.
Moi, je n’aurais pas fait ça
, laisse tomber d’emblée notre recruteur.Ça dit à quel point son coach le trouve intelligent et lui fait confiance. Je pense que ça a amélioré son jeu. Il joue mieux défensivement, il est plus responsable. Ça a été très bénéfique
, ajoute-t-il.Je n’étais pas tant un fan, mais il est vraiment meilleur au centre qu’à l’aile. Je l’aimais correct, mais quand il est tombé au centre, ça a vraiment amélioré son jeu. Il est plus impliqué sur 200 pieds, tu le vois plus, il est plus engagé dans les batailles à un contre un. Il vient soutenir ses coéquipiers partout sur la glace. Il a juste plus d’impact dans le match
, a fait valoir ce dépisteur d’une équipe de l’Ouest.Des fois, je n’y crois pas. Je ne vois pas encore que ça va être vrai. Ma femme et moi, on se demande comment on a fait. Ils sont deux, sa sœur aussi joue élite. Le temps, les moyens financiers… On ne sait pas comment on a fait
, conclut, incrédule, Augustin Zonnon.
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